Vous êtes en CDI, vous avez un salaire stable, peut-être une famille à charge, un crédit immobilier… et pourtant, vous rêvez d’autre chose. Bonne nouvelle : être en CDI n’est pas un frein à la reconversion, c’est même, dans certains cas, un atout majeur. Votre situation vous donne accès à des dispositifs de financement efficaces en France, à une sécurité financière pendant la transition, et à un réseau professionnel déjà établi (d’autant plus si vous restez dans le même domaine).

En effet, selon France Compétences, 68% des reconversions réussies sont réalisées par des personnes encore en poste au moment de leur projet. Pourquoi ? Parce qu’elles peuvent préparer sereinement leur transition, tester leur nouvelle voie sans pression financière, et négocier leur départ dans les meilleures conditions.

Sur cette page, nous vous détaillons toutes les stratégies pour mener votre reconversion tout en conservant votre CDI le plus longtemps possible. Vous découvrirez les dispositifs légaux méconnus (CPF de transition, démission-reconversion, rupture conventionnelle…), les erreurs à éviter, et les témoignages de personnes qui ont réussi leur transition en douceur.

Pourquoi le CDI est un atout pour se reconvertir ?

Contrairement aux idées reçues, être en CDI pendant votre reconversion présente de nombreux avantages que nous vous avons listés :

Maintien d'une sécurité financière

Le CDI vous permet de prendre le temps de mûrir votre projet sans avoir à stresser par rapport à vos revenus. C’est donc la situation idéale pour tester, vous former progressivement et rencontrer des professionnels du secteur que vous convoitez.

CPF de transition (ex-CIF), plan de développement des compétences de l’entreprise, période de professionnalisation… Ces dispositifs sont réservés aux salariés en CDI.

Temps partiel, congé sabbatique, création d’activité en parallèle… Vous pouvez essayer l’option qui vous convient avant de quitter définitivement votre CDI.

À termes, si vous négociez bien votre départ avec votre employeur, vous partez avec des indemnités + allocation chômage. C’est un filet de sécurité précieux au cas où votre reconversion ne fonctionnerait pas.

Les 7 stratégies pour se reconvertir en restant en CDI

STRATÉGIE 1 : Le CPF de Transition Professionnelle (ex-CIF)

C’est l’un des dispositifs les plus puissants pour les salariés souhaitant se reconvertir.

💰 Ce qu'il finance :
  • Une formation (jusqu’à 15 000€)
  • Votre salaire pendant la formation (100% si salaire < 2x SMIC, 90% au-delà)
  • Les frais annexes (transport, hébergement si formation éloignée)
  • 24 mois d’activité salariée (consécutifs ou non) dont 12 mois dans l’entreprise actuelle
  • Ou 24 mois au cours des 5 dernières années si CDD/intérim

Maximum 1 an à temps plein (ou 1200h à temps partiel)

  1. Choisissez votre formation (certifiante et éligible)
  2. Montez votre dossier de demande
  3. Déposez-le auprès de Transitions Pro de votre région (4 mois avant le début de formation)
  4. Passez un entretien pour défendre votre projet
  5. Si accepté : congé de formation accordé + financement validé
  • Votre employeur NE PEUT PAS refuser (sauf report de 9 mois max pour raisons organisationnelles)
  • Votre contrat est suspendu (pas rompu) : vous pouvez revenir si ça ne marche pas
  • Vous êtes payé(e) pendant toute la formation
  • Processus long (6 mois de délai entre décision et départ)
  • Dossier solide à monter pour maximiser ses chances (taux d’acceptation ~60%)
  • Obligation de justifier la cohérence du projet

STRATÉGIE 2 : La rupture conventionnelle

🤝 Le principe :

Vous et votre employeur vous mettez d’accord pour rompre votre contrat à l’amiable. Vous partez avec des indemnités ET le droit au chômage.

  • Indemnités de rupture conventionnelle (minimum = indemnités légales de licenciement)
  • Allocation chômage (ARE) pendant 18-24 mois
  • Solde de tout compte (congés payés, etc.)

Le calcul des indemnités correspond à : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté (jusqu’à 10 ans) ou à 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans.
Exemple : 5 ans d’ancienneté à 2500€/mois = 3125€ d’indemnités minimum

L’indemnité de rupture est de toute façon validée avec l’inspection du travail.

  1. Demandez un entretien avec votre manager/RH
  2. Proposez l’idée (sans menacer de démissionner)
  3. Négociez le montant des indemnités (si c’est possible) et la date de départ tout en vous rappelant que vous n’êtes pas en position de force puisque votre employeur n’est pas tenu d’accepter la rupture
  4. Signez la convention de rupture
  5. Délai de rétractation de 15 jours
  6. Validation par la DREETS (administration)
  7. Départ effectif

💡 Astuce de négociation : Vous pouvez tenter de présenter votre projet de reconversion comme une opportunité pour l’entreprise de recruter quelqu’un de plus adapté au poste. Proposez aussi d’accompagner votre remplaçant avant votre départ.

  • Vous partez avec de l’argent
  • Droit au chômage garanti
  • Vous pouvez négocier plus que le minimum légal
  • Départ en bons termes (vs démission conflictuelle)
  • L’employeur peut refuser (ce n’est pas un droit)
  • Si vous êtes « trop bon », il aura du mal à vous laisser partir
  • Ne démissionnez JAMAIS avant d’avoir signé la rupture conventionnelle

STRATÉGIE 3 : Le temps partiel pour se former

🤝 Le principe :

Il s’agit de la réduction de votre temps de travail pour ainsi vous permettre de dégager du temps supplémentaire dans le but de vous former. Vous demandez à passer à 80%, 70% ou 60% (selon la négociation) pour vous former le reste du temps.

  • Salaire réduit au pro rata de votre temps de présence (80% = -20% de salaire)
  • Mais vous gardez votre CDI et votre protection sociale
  1. Proposez-le à votre employeur (dans le cadre d’un entretien annuel ou spécifique par exemple)
  2. Si accepté : votre employeur vous fera un avenant à votre contrat de travail
  3. Vous organisez votre emploi du temps conjointement : 4 jours en entreprise, 1 jour formation par exemple
  • Transition en douceur entre les deux mondes
  • Vous testez votre nouvelle voie sans tout quitter : diminution du risque
  • Revenus maintenus (même si réduits)
  • Si échec : vous reprenez à temps plein sur votre CDI
  • Nécessite l’accord de l’employeur (pas de droit opposable)
  • Salaire réduit = attention à votre budget
  • Fatigue : jongler entre 2 activités peut être épuisant (en ajoutant la vie de famille)

STRATÉGIE 4 : Le congé sabbatique

🤝 Le principe :

Le principe est simple : il s’agit de faire une pause dans votre salariat pour préparer au mieux votre reconversion. C’est une solution idéale si vous avez une épargne conséquente et que vous voulez créer votre entreprise ou tester votre nouvelle activité en indépendant. 

Les conditions à respecter pour pouvoir en bénéficier sont :

  • Au moins 36 mois d’ancienneté dans l’entreprise
  • 6 ans d’activité professionnelle totale
  • Pour une durée maximale de 6 à 11 mois de congé
  • Votre contrat avec votre employeur est SUSPENDU (pas rompu)
  • Vous ne touchez AUCUN salaire mais vous gardez votre protection sociale (mutuelle, etc.)
  1. Demande écrite 3 mois avant la date de départ souhaitée
  2. L’employeur peut refuser ou reporter (maximum 6 mois)
  3. Si accepté : vous partez sans salaire
  4. À la fin : vous pouvez reprendre votre poste ou un poste équivalent
  • Temps plein pour vous consacrer à votre projet
  • Sécurité : vous pouvez revenir si ça ne marche pas
  • Idéal pour tester une création d’entreprise
  • Aucun revenu pendant 6-11 mois (sauf épargne ou revenus du conjoint)
  • Votre employeur peut refuser
  • Vous devez constituer une épargne de sécurité avant

STRATÉGIE 5 : La création d'entreprise en parallèle (cumul salarié-entrepreneur)

🤝 Le principe :

Vous avez le DROIT de créer une entreprise en parallèle de votre CDI, SAUF :

  • Clause d’exclusivité dans votre contrat (à vérifier avec votre service RH si besoin)
  • Concurrence déloyale (vous ne pouvez pas démarcher les clients de votre employeur)
  • Conflit d’intérêt (utiliser les ressources de l’entreprise pour votre projet)
  • Micro-entrepreneur : le plus simple pour tester (déclaration en 15 min)
  • Portage salarial : vous restez salarié tout en étant indépendant
  • SASU/EURL : si vous visez un développement rapide
  • Risque ZÉRO : vous testez sans quitter votre CDI
  • Vous constituez un portfolio et des références clients
  • Si ça marche : vous quittez votre CDI quand vous êtes prêt(e)
  • Si ça ne marche pas : vous n’avez rien perdu à part du temps
  • Épuisant : double journée pendant plusieurs mois
  • Vérifiez votre contrat de travail (notamment la présence d’une clause d’exclusivité ?)
  • Déclarez votre activité à votre employeur par écrit (pour éviter tout problème)

STRATÉGIE 6 : Le congé de formation (CFP)

🤝 Le principe :

Le principe est de vous permettre de vous former sur votre temps de travail avec maintien de salaire. Il ne présente pas de durée maximale légale mais n’est généralement financé que pour 6-12 mois maximum.

  • Par l’OPCO (opérateur de compétences) de votre branche d’activité professionnelle
  • Maintien de salaire total ou partiel selon les branches
  1. Identifiez votre OPCO (selon votre secteur d’activité), normalement précisé sur votre fiche de paie via un code. Il est souvent plus facile de vous adresser à votre service RH.
  2. Montez un dossier de demande de prise en charge
  3. Déposez votre demande de congé auprès de votre employeur (60-120 jours avant)
  4. L’employeur peut reporter mais pas refuser définitivement
  • Votre formation est financée
  • Votre salaire est maintenu (total ou partiel)
  • Votre contrat est simplement suspendu (vous pouvez revenir)
  • Système peu connu et sous-utilisé par les salariés
  • Souvent complexe à monter (chaque branche professionnelle a ses règles spécifiques)
  • Taux d’acceptation variable

STRATÉGIE 7 : La démission pour reconversion (dispositif Démission-Reconversion)

🤝 Le principe :

Démissionner tout en conservant vos droits au chômage est possible SI votre projet de reconversion est validé par une commission paritaire interprofessionnelle (CPRI).

 

Des conditions sont cependant à respecter :

  • Être en CDI depuis au moins 5 ans (continus ou non)
  • Avoir un projet professionnel sérieux : formation, création d’entreprise, ou reconversion vers un métier en tension
  1. AVANT DE DÉMISSIONNER : demandez un Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) gratuit
  2. Le conseiller vous aide à formaliser votre projet
  3. Vous soumettez votre dossier à la commission (CPRI)
  4. Si le projet est accepté : vous pouvez démissionner ET toucher le chômage
  5. S’il est refusé : vous perdez vos droits au chômage si vous démissionnez quand même

En général, les projets validés en priorité sont les suivants :

  • Formation certifiante vers un métier en tension
  • Création d’entreprise avec business plan solide
  • Reconversion dans un secteur qui recrute massivement
  • Vous partez quand VOUS voulez
  • Vos droits au chômage sont garantis
  • Solution idéale si votre employeur refuse toute autre option
  • SURTOUT ne démissionnez pas AVANT d’avoir l’accord de la commission
  • Le projet doit être cohérent et documenté
  • Le délai de traitement est variable mais généralement compris entre 1 à 2 mois

Quelle stratégie choisir selon votre situation ?

CPF de Transition Professionnelle (salaire maintenu + formation financée)

Rupture conventionnelle (indemnités + chômage)

Création d’entreprise en parallèle ou temps partiel

Démission pour reconversion (si projet validé)

Congé sabbatique

Les erreurs à éviter absolument quand on est en CDI

C’est l’erreur n°1 que fait la majorité des salariés souhaitant se reconvertir. Dans ce cas, vous perdez vos droits au chômage ET vos indemnités. Ne démissionnez que si vous avez un plan solide OU un nouveau job signé.

Préparer sa reconversion en cachette peut être tentant, mais cela peut aussi vous faire passer à côté de dispositifs de financement internes. De plus, cela entraîne souvent des départs conflictuels de l’entreprise.

Contrairement à ce que l’on croit, la précipitation est l’ennemie de la reconversion. Prenez votre temps (6-12 mois semblent raisonnables) pour préparer sereinement plutôt que de partir dans l’urgence.

Même si vous démissionnez, attaquer les clients de votre ancien employeur peut vous valoir un procès pour concurrence déloyale.

Immersion, stage, clients tests… Ne quittez pas votre CDI avant d’avoir validé que votre nouveau métier vous plaît vraiment !

Timeline type d'une reconversion réussie en CDI

Il ‘y a pas vraiment de règles fixant les délais pour une reconversion. Cela va dépendre des personnes / employeurs et de votre volonté / temps disponible pour avancer sur le projet en parallèle.

En général, on part sur les grandes lignes suivantes :

  • Identifier 2-3 pistes de reconversion (via un bilan de compétences si besoin)
  • Rencontrer des professionnels de ces métiers et faire des immersions professionnelles (PMSMP) dans les différents secteurs afin de choisir la piste définitive que vous allez explorer plus en détails
  • On passe ensuite à la partie administrative avec le choix de la formation qui va entraîner la réalisation du dossier de reconversion (à creuser en fonction des pistes exposées ci-dessus)
  • Une fois que tous ces éléments sont validés, vous pouvez commencer à préparer votre départ (passation des dossiers, formation de votre remplaçant, …) petit à petit avec l’aide de votre employeur
  • Arrive enfin la période que vous attendez depuis le début : votre formation à votre nouveau poste. La durée de celle-ci peut être variable.
  • Et enfin, la recherche d’emploi dans votre nouveau métier va marquer le début de votre nouvelle vie professionnelle 

Une timeline réaliste correspondrait à :

Les aides financières spécifiques aux salariés en CDI

En plus de toutes ces stratégies disponibles seulement pour les salariés en CDI, il existe aussi des aides financières spécifiquement dédiées aux salariés en CDI.

Le plan de développement des compétences

Votre employeur peut financer des formations dans le cadre du plan de développement des salariés de son entreprise. Demandez à votre RH ce qui est disponible chez votre employeur.

Si votre entreprise en propose un, vous pouvez convertir vos jours de congés/RTT en formation ou en complément de salaire pendant une formation.

Si votre reconversion implique un déménagement, il faut savoir que des aides spécifiques sont disponibles via France Travail (jusqu’à 3500€).

Certaines banques proposent des prêts bonifiés pour compléter votre CPF (si celui-ci ne couvre pas 100% de la formation).

📥 TÉLÉCHARGEZ VOTRE CHECKLIST COMPLÈTE

Les 30 actions concrètes pour réussir votre reconversion

Question Fréquentes

Mon employeur peut-il m'empêcher de me former ?

Non, il ne peut pas refuser un CPF de Transition Professionnelle ! En revanche, il peut le reporter de 9 mois maximum. Pour les autres dispositifs, c’est selon sa bonne volonté.

Oui, sauf clause d’exclusivité dans votre contrat (et méfiance si vous êtes fonctionnaire). Vérifiez votre contrat et informez votre employeur par écrit pour éviter tout conflit.

C’est très variable selon les employeurs mais cela tourne aux alentours de 1 à 3 mois en moyenne. Certains employeurs acceptent rapidement, d’autres font traîner. Soyez patient et diplomate.

Vous pouvez redéposer un dossier amélioré, ou vous tourner vers d’autres dispositifs (rupture conventionnelle, démission-reconversion, formation sur votre temps personnel).

Oui, si votre projet est validé par la commission paritaire (dispositif Démission-Reconversion). Mais ne démissionnez pas avant d’avoir l’accord écrit et officiel !

Avec tact et au bon moment. Comme ça cela semble facile à dire ! Pour cela, engagez-le dès le début de votre réflexion. Présentez votre reconversion comme une évolution positive, pas comme une fuite de l’entreprise. Vous pouvez aussi proposer d’accompagner votre futur remplaçant pendant quelques mois afin de rassurer votre chef.

Pour aller plus loin

Les 4 étapes clés de la reconversion

La méthode complète pour réussir votre reconversion de A à Z

Faire un bilan de compétences

Tout savoir sur le bilan : déroulement, financement, organismes

Financer sa reconversion

CPF, Transitions Pro, aides... Tous les financements possibles

Retour en haut